À Amman, l’Union des Banques Arabes mobilise la coopération bancaire et l’investissement pour reconstruire la confiance et financer le renouveau syrien
Réunis les 21 et 22 septembre 2026 à Amman, responsables monétaires, dirigeants bancaires et acteurs économiques ont examiné les conditions d’une relance durable de la Syrie. Au centre des échanges, une exigence commune : restaurer la confiance dans les institutions financières et donner aux partenariats arabes les moyens de soutenir des projets productifs.

Inviter l’assistance officielle à se lever pour l’hymne national jordanien lors de l’ouverture de la conférence
La reconstruction syrienne engage bien davantage que la remise en état des infrastructures. Elle suppose de rétablir les circuits qui permettent à une économie de fonctionner : financer une entreprise, régler une transaction, importer des équipements, mobiliser l’épargne et investir dans la durée. C’est autour de cette articulation entre réforme bancaire et développement que l’Union des Banques Arabes a organisé sa conférence régionale consacrée au partenariat économique et bancaire arabe en faveur du développement et de l’investissement en Syrie.
Tenue à l’hôtel InterContinental d’Amman, en coopération avec l’Association des banques en Jordanie et l’Association des hommes d’affaires jordaniens, la rencontre s’est déroulée sous le patronage et en présence du Dr Adel Al-Sharkas, gouverneur de la Banque centrale de Jordanie, avec la participation de Mohamed Safwat Reslan, gouverneur de la Banque centrale de Syrie. Elle a rapproché les perspectives des autorités de régulation, des banques commerciales, des investisseurs et des institutions de développement.

Une responsabilité arabe et un intérêt économique partagé
Les Discours d’ouverture ont placé le redressement syrien au cœur d’une dynamique de coopération régionale. Dr. Adel Al-Sharkas, gouverneur de la Banque centrale de Jordanie, a souligné les intérêts économiques communs aux deux pays, notamment dans le commerce, le transport, le transit et les chaînes d’approvisionnement. La relance de l’économie syrienne pourrait ainsi favoriser le rétablissement de flux commerciaux bénéfiques à l’ensemble de la région. Dans cette perspective, l’expertise du secteur bancaire jordanien constitue un appui précieux pour le financement des échanges et le partage d’expériences en matière de supervision bancaire et de gestion des risques.
Dans son discours, Dr Wissam H. Fattouh, Secrétaire Général de l’Union des Banques Arabes, a placé la réforme bancaire au cœur du redressement syrien. Il a appelé à une coopération arabe fondée sur des projets concrets, finançables et durables. Renforcer la gouvernance, moderniser les paiements et rétablir les relations avec les banques correspondantes constituent des priorités essentielles. Il a affirmé la disponibilité de l’Union pour accompagner ces efforts et soutenir la stratégie de la Banque centrale de Syrie. Cette mobilisation se prolongera lors du dialogue États-Unis–MENA à New York, avec une session consacrée au secteur bancaire syrien.
M.Mohamed Safwat Reslan, gouverneur de la banque centrale de Syrie, a présenté les priorités de la Banque centrale: stabilité monétaire, amélioration des instruments de gestion de la liquidité, modernisation de la réglementation et de la supervision, développement des paiements électroniques et renforcement de la conformité.
Les interventions de M.Bassem Al-Salem, président de l’Association des banques en Jordanie, et de M.Ayman Al-Alawneh, président de l’Association des hommes d’affaires jordaniens, ont complété cette approche en soulignant le rôle des banques et du secteur privé dans la création d’activités et d’emplois.
Une orientation se dégage de ces échanges: les opportunités de reconstruction doivent pouvoir s’appuyer sur des règles claires et des relations financières fiables. La coopération régionale trouve ici une fonction concrète, en rapprochant les besoins syriens des compétences bancaires et des ressources d’investissement disponibles dans le monde arabe.
Le rétablissement des liens bancaires comme préalable à la relance
La première journée a consacré une session au développement du secteur bancaire et à la stabilité financière, sous la présidence d’Osama Bukhari, représentant de la Chambre de commerce internationale en Arabie saoudite. Les échanges ont porté sur la modernisation des textes, la gouvernance, la transparence et la conformité aux exigences de lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme. Ils ont aussi abordé la reconstitution des relations avec les banques arabes et internationales et l’adaptation des infrastructures de paiement.
Dans son intervention principale, M.Yahya Shunnar, gouverneur de l’Autorité monétaire palestinienne, a présenté les enseignements d’une expérience confrontée à de fortes contraintes. Le renforcement de la supervision et des dispositifs de conformité doit aller de pair avec des systèmes de paiement sûrs et la préservation des relations de correspondance bancaire. L’expérience palestinienne offre ainsi des pistes de coopération technique, notamment pour l’évaluation nationale des risques et la modernisation des services financiers.
La présence de représentants des banques centrales jordanienne et syrienne, de banques commerciales et d’un opérateur de paiements a permis de relier les enjeux réglementaires aux difficultés opérationnelles. Pour les établissements syriens, retrouver des correspondants et des lignes de crédit exige de pouvoir documenter les risques, échanger des informations fiables et appliquer des procédures de vigilance effectives. Le rétablissement de ces relations conditionne la fluidité des règlements internationaux et la capacité des entreprises à financer leurs échanges.
M.Howard Chang, représentant d’EssentaTor, a présenté un mécanisme envisagé dans le cadre du fonds EAC pour soutenir la liquidité des investissements et mieux circonscrire les risques propres aux projets. La proposition vise notamment à faciliter le passage de financements de deux à cinq ans à des investissements de plus de dix ans. Selon la présentation d’EssentaTor, l’objectif est de mieux distinguer les risques propres à la construction et à chaque investissement des perspectives de croissance de l’économie. Cette proposition illustre la recherche d’instruments adaptés à la durée des besoins de reconstruction.
Une reprise économique confrontée aux contraintes du terrain
La session consacrée à l’économie syrienne a réuni notamment Norbert Fiess, économiste principal pour le Moyen-Orient à la Banque mondiale, Leila Samaan, vice-présidente de la Chambre de commerce de Damas et présidente du Conseil d’affaires syro-libanais, ainsi que Fares Al-Hadidi, du Jordan Kuwait Bank. Les échanges, animés par la journaliste Joséphine Dib, ont mis en regard les perspectives de reprise et les conditions nécessaires pour relancer durablement la production.
L’analyse économique transmise par la Banque mondiale décrit un redressement encore inégal selon les entreprises, les secteurs et les territoires. Les attentes des acteurs économiques témoignent d’un intérêt renouvelé pour l’activité, mais leurs possibilités d’expansion restent limitées par l’instabilité, les difficultés d’approvisionnement énergétique et le coût des services essentiels. L’accès au financement demeure contraint, tandis que les procédures commerciales et douanières compliquent les opérations. Ces obstacles affectent directement la compétitivité des entreprises et leur capacité à investir.
Le parcours de redressement proposé associe des mesures immédiates à des réformes de plus longue durée. Il s’agit de restaurer la transparence et la soutenabilité des finances publiques, de renforcer les institutions financières et de remettre en état les services essentiels. La simplification des procédures de création et d’exploitation des entreprises, la réhabilitation des activités productives et l’amélioration du cadre d’investissement doivent accompagner ces efforts. Pour les investisseurs, la prévisibilité des règles et la continuité des services constituent des conditions déterminantes de l’engagement financier.
Transformer les besoins de reconstruction en projets finançables
La deuxième journée, ouverte par une intervention principale de Mazen Soueid, président de la Commission de contrôle des banques du Liban, a prolongé la réflexion sur l’investissement et les partenariats économiques. Les sessions ont examiné les possibilités offertes par l’industrie, l’énergie, l’agriculture et le tourisme, ainsi que par les infrastructures et la logistique. Elles ont également abordé la contribution des fonds et des institutions financières arabes et régionales et le recours aux partenariats public-privé.
Une session présidée par Adnan Naji, directeur général de la Jordan Loan Guarantee Corporation, a réuni Mahmoud Basha, de la Banque centrale de Syrie, Muhannad Al-Manaseer, du groupe Watad, et Issa Al-Shami, d’Alpha Capital. Le programme a ensuite consacré un échange spécifique au rôle du secteur privé arabe dans le soutien à l’économie syrienne, avec les banques opérant dans le pays. Ce rapprochement entre autorités, entrepreneurs et financeurs répond à un besoin essentiel : traduire l’intérêt pour la Syrie en projets dont la faisabilité et les modalités de financement peuvent être examinées.
L’enjeu consiste à préparer des investissements qui répondent à une demande réelle et disposent d’un cadre d’exécution crédible. Une étude de faisabilité, une répartition explicite des risques et des mécanismes de suivi sont indispensables pour mobiliser des capitaux. La participation des entreprises locales compte également : les grands projets dépendent de fournisseurs, de sous-traitants et de compétences présents sur le terrain. Leur contribution permet de relier les investissements aux emplois et aux revenus des populations.

Les compétences et les institutions au cœur de l’exécution
La dernière session a consacré une place centrale au renforcement des capacités et à la coopération économique et bancaire arabe. Elle a associé des représentants de la Banque centrale de Syrie, du Programme des Nations unies pour le développement (PNUD), de Data Gear et de Vidia Insight. La présentation du PNUD développe une approche qui lie les besoins de formation à la capacité des institutions à conduire les réformes et à exécuter les projets de redressement.
Dans le secteur financier, cette approche privilégie des parcours professionnels structurés, des certifications spécialisées et l’apprentissage entre pairs. Les besoins couvrent la supervision fondée sur les risques, la gestion du crédit et de la trésorerie, l’audit interne, les paiements et la protection des consommateurs. Ils concernent aussi l’évaluation des projets, leur montage financier et les compétences nécessaires à la préparation de partenariats avec des investisseurs.
Le PNUD souligne également que la lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme doit mobiliser l’ensemble de l’écosystème national. Les banques et les autorités de supervision ont besoin de travailler avec les administrations, les autorités judiciaires, les acteurs des transferts de fonds et les professions concernées par les obligations de vigilance. L’évaluation des risques, l’identification des bénéficiaires effectifs et la qualité des contrôles participent à la reconstruction de la confiance internationale.
Donner une suite opérationnelle à la coopération
La conférence d’Amman a rapproché deux dimensions indissociables du renouveau syrien : la solidité des institutions financières et la capacité de l’économie à accueillir des investissements productifs. Elle a aussi mis en évidence la valeur du partage d’expériences arabes, à condition d’adapter les solutions au contexte syrien et aux priorités nationales. L’UAB dispose, dans ce cadre, d’un rôle de mise en relation et d’accompagnement technique pour soutenir le dialogue entre les autorités, les banques et les partenaires du développement.
La portée de cette rencontre se mesurera aux prolongements qu’elle permettra : des coopérations techniques ciblées, des relations bancaires progressivement rétablies et des projets mieux préparés. Pour la Syrie, reconstruire la confiance donne aux capitaux une perspective d’engagement durable. Pour le secteur bancaire arabe, accompagner ce mouvement représente une contribution au redressement d’une économie et au rétablissement des échanges régionaux.
