La Finance Durable en Mouvement:
33,9 Milliards USD Mobilisés par les Banques Arabes
pour les ODD en 2024
Une première enquête régionale qui révèle progrès,
déséquilibres et perspectives d’accélération
Dans le cadre de son engagement à suivre et à renforcer la contribution du secteur bancaire arabe aux Objectifs de Développement Durable (ODD), l’Union des Banques Arabes (UAB), en partenariat avec la CESAO (ESCWA), a mené en 2024 une enquête pionnière sur les crédits mobilisés au profit du développement durable. Il s’agit du premier exercice régional permettant d’évaluer, chiffres à l’appui, l’alignement des institutions financières arabes sur les priorités de l’Agenda 2030. Cette étude met en lumière 33,9 milliards USD de financements ODD, tout en dévoilant des écarts persistants dans l’allocation du crédit, notamment en matière d’égalité de genre, de soutien aux jeunes entrepreneurs, de transformation digitale et d’environnement. Elle constitue désormais une base essentielle pour orienter les politiques publiques, renforcer les partenariats et développer des solutions financières durables à grande échelle.
33,9 milliards USD mobilisés: une répartition encore dominée par le secteur public
Les vingt-deux banques participantes ont déclaré un total de 33,9 milliards USD de prêts alignés sur les ODD, soit 18 % de leurs portefeuilles de crédit.
La répartition montre une forte concentration des financements vers le secteur public :
• 76 % (25,9 Mds USD) destinés aux gouvernements et entreprises publiques
• 19 % (6,3 Mds USD) attribués aux grandes entreprises
• 5 % (1,7 Md USD) alloués aux micro, petites et moyennes entreprises (MPME)
Quatre domaines absorbent près de 70 % des financements :
• Éradication de la pauvreté et protection sociale (ODD 1) : 11,2 Mds USD
• Logement durable (ODD 11) : 6,4 Mds USD
• Industrie durable (ODD 9) : 2,7 Mds USD
• Tourisme durable (ODD 8 & 12) : 2,4 Mds USD
À l’inverse, des enjeux cruciaux de développement restent très insuffisamment financés:
• Égalité femmes-hommes (ODD 5): 135 M USD
• Transformation digitale (ODD 9): 64 M USD
• Environnement et biodiversité (ODD 14 & 15): 56 M USD
• Paix, justice et institutions solides (ODD 16): 0 USD
Inclusion financière : un décalage notable entre politiques et impact réel
Si de nombreux établissements déclarent soutenir l’inclusion financière, les résultats montrent que ces engagements peinent encore à se traduire en crédits effectifs:
• 43 % des banques offrent des programmes pour les femmes entrepreneures, mais les femmes ne reçoivent que 14 % du crédit MPME (1 Md USD), contre 6,1 Mds USD pour les entreprises dirigées par des hommes.
• 87 % proposent des initiatives pour les jeunes, pourtant ceux-ci ne représentent que 10 % des prêts aux MPME.
Ces chiffres reflètent un problème structurel: l’existence de programmes n’assure pas leur impact, et des mécanismes plus efficaces sont nécessaires pour toucher les bénéficiaires ciblés.
Partenariats: le rôle moteur des gouvernements
L’enquête confirme que les gouvernements restent les principaux acteurs facilitant le financement lié aux ODD :
• 43 % des banques déclarent avoir bénéficié d’un soutien gouvernemental
• 27 % ont collaboré avec des banques de développement
• 23 % avec des ONG
• 20 % avec le secteur privé
Cependant, 27 % n’ont noué aucun partenariat, ce qui souligne un besoin urgent d’élargir la coopération entre les parties prenantes pour stimuler la finance durable.
Soutien public aux MPME : entre instruments efficaces et lacunes persistantes
Les programmes étatiques jouent un rôle déterminant dans l’appétence des banques pour le financement des MPME :
• 80 % considèrent les prêts subventionnés comme un outil clé (47 % très important)
• 37 % jugent les garanties publiques essentielles pour réduire les risques
• 27 % seulement estiment que les réserves obligatoires réduites sont très influentes
En parallèle, près d’un tiers des banques signale l’absence ou la méconnaissance de programmes de cofinancement, révélant un chantier majeur pour les autorités publiques.
Produits durables: la FinTech progresse mais l’offre reste limitée
Les banques arabes amorcent progressivement l’intégration de produits financiers durables:
• La FinTech arrive en tête, notamment via la réduction des coûts des transferts.
• Les cartes vertes et fonds durables restent peu répandus (20 %).
• Les obligations durables et instruments de finance mixte sont encore plus rares (17 %).
• Un quart des banques n’offre aucun produit lié aux ODD, révélant une marge d’innovation importante.
Échantillon étudié : un reflet diversifié du secteur bancaire arabe
L’enquête a recueilli les réponses de 30 institutions financières de neuf pays arabes, représentant 8,7 % des membres de l’UAB.
Statut juridique:
• 50 % banques privées
• 43 % banques publiques
• 7 % banques étrangères
Type d’institution :
• 40 % banques commerciales
• 33 % banques islamiques
• 7 % banques d’investissement
• 20 % institutions spécialisées
Conclusion : un premier référentiel régional qui appelle à une montée en puissance
Cette enquête offre, pour la première fois, un diagnostic chiffré du financement des ODD dans la région arabe.
Elle met en évidence des volumes significatifs mobilisés, mais aussi des déséquilibres structurels dans les domaines du genre, de l’environnement, de la jeunesse et du numérique.
Les résultats appellent à :
• Renforcer les partenariats institutionnels,
• Améliorer les mécanismes d’incitation nationaux,
• Intégrer plus profondément les ODD dans les stratégies bancaires,
• élargir l’offre de produits verts et sociaux.
Cette première référence régionale prépare le terrain pour suivre les progrès en vue de l’objectif ambitieux de l’UAB : mobiliser 1 000 milliards USD pour les ODD d’ici 2030, conformément au Sevilla Commitment et aux efforts internationaux pour une architecture financière durable plus équitable.
