À Beyrouth, l’UBA mobilise les acteurs arabes autour de la lutte contre le blanchiment et du rétablissement de la confiance
Conférence arabe régionale sur la lutte contre le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme Beyrouth, 11 août 2026

Présentateur des participants officiels et bancaires lors de l’ouverture de la conference
L’Union des Banques Arabes (UBA) a organisé, le 11 août 2026 à l’hôtel Phoenicia InterContinental de Beyrouth, la Conférence arabe régionale sur la lutte contre le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme, en coopération avec l’Union Internationale des Banquiers Arabes et le Groupe des responsables de conformité.
Placée sous le patronage du Président du Conseil des ministres libanais, Dr Nawaf Salam, représenté par le ministre de l’Économie et du Commerce, Dr Amer Bisat, la conférence a réuni un large éventail de responsables, dirigeants bancaires, représentants des autorités de contrôle et de régulation, magistrats et experts venus du Liban et de plusieurs pays arabes.
Dans un contexte marqué par l’évolution rapide des risques financiers, le développement des actifs numériques, l’intelligence artificielle, les cybermenaces et la sophistication croissante de la criminalité financière transfrontalière, cette rencontre a constitué une plateforme de dialogue autour d’un enjeu devenu central: renforcer l’efficacité des dispositifs de lutte contre le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme tout en préservant la confiance, l’innovation et la capacité du secteur bancaire à financer l’économie.
L’UBA: faire de la conformité un levier de confiance

Dans son intervention, le Secrétaire général de l’Union des Banques Arabes, Dr Wissam H. Fattouh, a insisté sur la nécessité de dépasser la seule dimension technique de la conformité pour inscrire la réforme dans une volonté institutionnelle et politique durable.
Il a souligné que les normes internationales, les compétences et les solutions techniques sont aujourd’hui largement connues et disponibles. L’enjeu déterminant réside désormais dans la capacité à transformer ces acquis en réformes concrètes et efficaces.
Pour Dr Fattouh, la mobilisation de responsables issus des sphères bancaire, judiciaire, sécuritaire et institutionnelle autour de la conférence traduit précisément la nécessité d’une responsabilité collective dans la lutte contre les crimes financiers et dans le rétablissement de la confiance.
Il a également rappelé l’action menée depuis plusieurs années par l’UBA en matière de renforcement des capacités, de diffusion d’une culture de conformité et de promotion de la gouvernance, réaffirmant l’engagement de l’Union à demeurer un partenaire actif du Liban et de l’ensemble des pays arabes dans leurs efforts de réforme et de consolidation de leurs systèmes financiers.
Vers une culture arabe de la conformité et de l’anticipation
Le Président du Conseil d’administration de l’UBA, Mohamed El-Etreby, a pour sa part replacé les débats dans le contexte des transformations profondes qui redessinent aujourd’hui l’industrie bancaire.
Aux risques traditionnels liés au crédit, à la liquidité ou aux marchés viennent désormais s’ajouter la criminalité financière transfrontalière, la fraude numérique, les cyberattaques, les risques liés aux données ainsi que les nouveaux défis associés aux actifs virtuels et à l’intelligence artificielle.
Face à ces évolutions, l’enjeu consiste à trouver un équilibre entre innovation et contrôle, afin que l’accélération de la transformation numérique ne se traduise pas par une augmentation des vulnérabilités.
Dans cette perspective, la conformité ne doit plus être considérée comme une simple contrainte réglementaire ou un coût opérationnel. Elle constitue un investissement dans la confiance, la réputation et la pérennité des institutions financières. De même, la gouvernance et la gestion des risques doivent progressivement s’intégrer à la culture globale de l’institution, depuis les conseils d’administration et les directions générales jusqu’aux décisions opérationnelles quotidiennes.
Mohamed El-Etreby a également appelé à renforcer la coopération et l’échange d’expertise entre les institutions arabes afin de passer d’une logique de réaction aux risques à une logique d’anticipation, tout en maintenant la capacité des banques à soutenir l’investissement, l’inclusion financière et le développement économique.
Beyrouth au cœur du dialogue sur la confiance financière
La tenue de cette conférence à Beyrouth revêtait une importance particulière compte tenu des efforts entrepris par le Liban pour renforcer son dispositif de lutte contre le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme et répondre aux exigences du Groupe d’action financière (FATF).
Les interventions du Président de l’Union Internationale des Banquiers Arabes, Dr Joseph Torbey, du Président de l’Association des banques du Liban, Dr Salim Sfeir, du Gouverneur de la Banque du Liban, Karim Souaid, ainsi que du ministre de l’Économie et du Commerce, Dr Amer Bisat, ont convergé autour d’un même constat: la confiance demeure le principal capital d’un système financier.
Les débats ont notamment porté sur la nécessité de renforcer l’efficacité de la supervision, la transparence du bénéficiaire effectif, la qualité des dispositifs de connaissance du client, la coopération entre autorités judiciaires, sécuritaires et financières, ainsi que les relations avec les banques correspondantes internationales.
Le Gouverneur de la Banque du Liban a notamment présenté l’approche adoptée par la Banque centrale pour renforcer les différents niveaux de protection du système financier, depuis l’accès aux services financiers et le suivi continu des opérations jusqu’à la sécurisation des relations avec les banques correspondantes. Il a également évoqué les travaux engagés pour adapter le cadre réglementaire aux évolutions de la FinTech et des actifs numériques.
De son côté, le ministre de l’Économie et du Commerce a rappelé que le renforcement de la transparence et de l’intégrité financière constitue un élément essentiel du processus de réforme économique et institutionnelle du Liban, soulignant le lien direct entre intégrité financière, confiance des investisseurs et reprise économique.
Une coopération régionale devenue indispensable
La première session de travail, consacrée à la feuille de route pour renforcer la conformité et sortir de la liste grise, a examiné les réformes législatives et institutionnelles liées aux standards du FATF, la mise en œuvre du plan d’action national ainsi que le rôle respectif des autorités de contrôle, des banques et des unités de renseignement financier.
Les participants ont également insisté sur l’importance du partage des expériences arabes et de la coopération transfrontalière. À l’heure où les flux financiers et les risques dépassent largement les frontières nationales, aucune juridiction ne peut, à elle seule, construire une réponse pleinement efficace aux nouvelles formes de criminalité financière.
À travers cette conférence, l’Union des Banques Arabes réaffirme ainsi sa vocation de plateforme régionale de dialogue, de coopération et de renforcement des capacités, rapprochant les banques, les banques centrales, les autorités de supervision et les experts autour des grands défis qui déterminent l’avenir de l’industrie bancaire arabe.
Le message de Beyrouth est clair: la solidité du secteur bancaire arabe reposera autant sur sa capacité à innover que sur sa capacité à préserver l’intégrité, la gouvernance et, surtout, la confiance.

